samedi 10 novembre 2007

# 93 – ANTIGUA - The American dream (suite)




# 93 – ANTIGUA –10 novembre 2007 – The American dream (suite)

Ca y est ! Nous voilà en Amérique centrale. L’aéroport de Guatemala city est flambant neuf et annonce la couleur : il s’agit de l’aéroport le plus moderne de la région. Les formalités extrêmement rapides de la douane guatemaltèque accomplies (moins d’une demi-heure entre la descente de l’avion et la sortie de l’aéroport, cela peut faire rêver les passagers débarquant à Roissy), nous pouvons passer notre première nuit aux couleurs hispaniques.





Ce que nous ne savons pas à ce moment là, c’est que nous sommes arrivés le soir du second tour des élections présidentielles. Le Président Colom vient en effet d’être élu. Est-ce pour cette raison que les pétards crépitant dans les rues nous accompagnent dans notre sommeil ?


Avant de partir pour la ville d’Antigua il nous faut trouver des Quetzals (et oui, nous avons oublié d'en prendre à l'aéroport ; mais y avait-il seulement un distributeur là-bas ?).


Vous l’aurez bien sur deviné, il s’agit de la monnaie locale et nous partons donc à la recherche du DAB indiqué par la charmante responsable de notre guesthouse. Nous n’avons que quelques centaines de mètres à parcourir pour y parvenir.






Les maisons du quartier résidentiel où nous nous trouvons sont entourées de hauts murs surmontés de barbelés électrifiés. Toutes les habitations ont l’air d’être gardiennées. Ambiance (cela rappelle à Kim quelques souvenirs d'Afrique). Il en est de même pour la mini-zone commerciale où se trouve la banque. L’entrée de ce complexe est gardée par des vigiles armés et les sacs sont vérifiés à l’entrée comme à la sortie. Nous passons même par des détecteurs de métaux. Cela surprend toujours un peu.


Pour autant nous ne nous sentons nullement en insécurité.


Antigua n’étant qu’à une heure de la capitale, nous tentons l’aventure du bus public (le fameux "chicken bus"). Le couloir central séparant les banquettes de 2 et 3 passagers est réduit à sa portion la plus congrue : nous pouvons à peine y marcher de face. C’est donc avec difficultés que nous parvenons à prendre place au fond du bus avec nos bagages. Nous choisissons la banquette de droite, celle pour 3 passagers. En même temps, nous n’avons pas vraiment le choix, c’est la seule qui reste ! Cette banquette suffit juste à nous contenir avec nos sacs. Kim a d’ailleurs une fesse qui déborde dans le couloir.




Il est de toute façon impossible de hisser les bagages sur le toit ou de les laisser dans le couloir, vue la largeur de celui-ci. Nous partons le cœur léger sur les routes de montagne chaotiques. La sympathique musique hispanique est entraînante et nous rappelle notre voyage en Equateur, tout comme ces vendeurs de confiseries ou autres gourmandises qui profitent des pauses du bus pour proposer leurs marchandises et en redescendre un peu plus loin.


Entourée par de majestueux volcans, la ville d’Antigua est une adorable ville coloniale aux maisons multicolores.


Il fait bon s’y promener et découvrir ses églises et couvents, ses maisons aux patios dissimulés à la vue des passants, ses restaurants, ses bars et ses cafés toujours très joliment décorés (même Mac Do s’est installé dans une ancienne demeure coloniale et bénéficie d’un étonnant jardin), et même ses boîtes de nuit. Qui aurait pu croire que l’on pouvait ainsi trouver autant de charmes au Guatemala ? Nous en sommes les premiers surpris et l’endroit nous plait tellement que nous décidons d’y rester cinq jours.





Au cours de nos flâneries nous découvrons un lieu étonnant : un couvent restauré aujourd’hui transformé en hôtel, restaurant, centre de conférences, salle de fêtes, musée et boutique. Le tout dans un cadre exceptionnel. L’une des expositions proposées retient tout particulièrement notre attention. Il s’agit d’une très intéressante confrontation entre art maya et art moderne. L’art ayant toujours puisé sa source dans les représentations humaines et animales, l’exposition a choisi de réunir des œuvres reprenant cette thématique et que plusieurs siècles séparent.


Et les œuvres les plus modernes ne sont pas toujours celles que l’on croît…


Entourés que nous sommes par les volcans, nous décidons de partir à l’ascension du Pacaya, toujours en activité. Après avoir loué nos bâtons de pèlerins auprès des enfants du village point de départ de la balade (location indispensable pour la grimpette et la marche au bord de la lave), nous partons pour une montée de 3 km à travers la forêt, toujours suivis de près par les « chevaux-taxis-balais » prêts à prendre en charge les marcheurs défaillants.





Quand enfin nous apercevons la montagne sur les flancs de laquelle plusieurs rivières de lave s’échappent un peu comme du sang coulerait de plaies béantes, notre cœur se met à battre. Nous nous approchons peu à peu de la terre noircie par la lave écoulée depuis des années et commençons à marcher sur cette roche friable et pointue.


Quelle n’est pas notre surprise de constater que nous sommes juste au-dessus de la lave en fusion.


La chaleur commence à monter de la terre, bien vivante sous nos pieds. Tant et si bien que la paire de chaussures achetée par Kim à Hong Kong en reste collée au sol, la semelle littéralement fondue ! Cela ne l’empêchera cependant pas de reprendre la route du retour. La nuit tombant peu à peu, le contraste entre la lave et l’obscurité est saisissant ; un nuage rougeoyant s’élève dans le ciel sombre, ajoutant à la magie du lieu.


Quelle expérience inoubliable.


Notre séjour à Antigua est aussi pour nous l’occasion de découvrir un documentaire relatant l’incroyable périple des immigrants d’Amérique centrale vers les Etats-Unis. Du Honduras, du Nicaragua, du Salvador ou du Guatemala, ils sont des milliers – hommes, femmes et même enfants – à tenter chaque jour de toucher du doigt le « Rêve américain ». Car c’est bien de cela dont il s’agit. Sans emploi ou sans salaire suffisant pour espérer posséder un jour leur propre maison ou payer l’école secondaire (sans même parler d’études supérieures) à leurs enfants, ils sont prêts à se sacrifier et sacrifier leur vie pour offrir un avenir meilleur à leurs proches.




Du courage, de la détermination, de la foi aussi, il en faut pour surmonter toutes les épreuves qui les attendent sur ce long chemin. Si traverser les frontières menant au Mexique ne semble pas présenter de difficultés - elles ressemblent à de véritables passoires – le plus dangereux réside bel et bien dans la traversée du territoire mexicain, véritable « champ de mines » pour ces malheureux.





Le documentaire évoque le chiffre incroyable de 80% du racket qui serait effectué par la police mexicaine lors des arrestations sur leur territoire. Par ailleurs, il faut savoir que les Etats-Unis tentent de repousser plus au sud le contrôle de l’immigration clandestine chez eux et mettent une très forte pression sur le Mexique pour stopper le flux de migrants.




Enfin, les attaques de véritables bandes organisées de « pirates terrestres » sans limite aucune, ou encore les mutilations causées par le train de marchandises allant du sud du Mexique aux Etats-Unis et sur lequel les migrants tentent de grimper pour traverser le pays, représentent les ultimes dangers à affronter.





Certains y perdront la vie ou l’usage de leurs membres, perdant ainsi bien plus que les quelques dollars économisés pour ce terrible voyage. Pour ceux qui parviendront finalement aux Etats-Unis, rien n’est gagné puisqu’une partie de la population frontalière s’est organisée en véritable milice pour pourchasser les immigrants sans papiers. Equipés et armés jusqu’aux dents, ils patrouillent jour et nuit afin de débusquer les fuyards et les remettre, rigolards, à la police.




Que de questions posées par ce film et l’exposition de photos qui l’accompagne. Sans conteste, les Etats-Unis et le rêve qu’ils portent sont toujours vivaces dans l’esprit des plus démunis. Mais ce rêve qui a porté tant de générations et qui a fondé ce pays n’est-il pas en train de se refermer en même temps que ses frontières ?




Comment aider ces populations à continuer à vivre décemment chez elles puisqu’il est évident que la majorité d’entre elles ne décident de partir que contraintes et forcées ? Que faire au vu des règlementations commerciales internationales qui peuvent pénaliser les productions de certains pays (les négociations sans fin à l’échelle mondiale pour les productions de la banane ou du café, et les subventions qui leur sont associées, ne sont que trop connues) ?



Que faire au vu de la globalisation des échanges qui peuvent faire disparaître des activités locales au profit de productions moins onéreuses et donc réduire les opportunités d’emplois ou encore maintenir un niveau de rémunération anormalement bas (à l’exemple de cette entreprise familiale du Nicaragua de production de mil menée à la faillite par la concurrence d’un produit mexicain) ?





Comment donc jauger les parts de responsabilité des pays occidentaux, des instances internationales ou encore des entreprises ? Et pour le monde de demain, comment permettre aux enfants d’accéder à l’éducation et offrir l’espoir d’un avenir plus souriant à toutes ces populations ?





Enfin qu’en est-il de ceux qui réussissent à s’installer aux Etats-Unis ? Clandestins, ils tentent de trouver des petits boulots. Vivent-ils vraiment un rêve ? Pour la majorité d’entre eux, on peut en douter. Cela ne les empêchera pourtant pas de cotiser à une assurance santé américaine dont ils ne pourront jamais avoir le bénéfice et d’exporter chaque année plusieurs milliards de dollars dans leurs pays d’origine. Une manne pour l’économie de ces pays (dont il s’agit bien souvent d’un des premiers revenus) et surtout pour leurs familles.





Que dire finalement de cette dernière remarque du documentaire : « pourquoi les Etats-Unis voudraient-ils tarir la manne d’une main d’œuvre peu chère, corvéable à merci et qui ne pourra revendiquer aucun droit » ?



Céline et Kim

PS : les opportunités de logement ne manquent pas à Antigua, mais nous pouvons vous conseiller La Casa de Don Ismael qui est très bien située. Les chambres, quelconques, sont plus agréables à l'étage. Très bon point pour les "panqueques" maison servis au petit-déjeuner.

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